Choisi par Bénédicte ALLIOT

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Il fait partie d’une génération qui renoue avec une certaine idée de l’avant-garde à travers la science fiction.
Ce goût pour les technologies de production contemporaines et pour les avancées de la science ne s’appuie pas pour autant sur une croyance aveugle dans le progrès technique. La réalisation de son travail repose sur une forme de maladresse volontaire : les animations ne sont pas toujours fluides, et elles ne visent surtout pas le réalisme.

Bertrand Dezoteux fait partie d’une génération d’artistes pour qui les promesses technologiques sont redevenues un sujet de travail, et donc des fournisseurs d’accès à des grands récits à la McLuhan, la naïveté en moins. Une génération qui renoue avec une certaine idée de l’avant-garde à travers la science-fiction.

Ce goût pour les technologies de production contemporaines et pour les avancées de la science ne s’appuie pas pour autant sur une croyance aveugle dans le progrès technique. La réalisation du travail de Bertrand Dezoteux repose sur une forme de maladresse volontaire : les animations ne sont pas toujours fluides, et elles ne visent surtout pas le réalisme. Qu’il se soit intéressé de près au travail de Jean-Christophe Averty, qui en farouche héritier du surréalisme, a toujours défendu le primat de l’imagination sur celui de la perfection technique, n’est pas anodin.

Son dernier projet, En attendant Mars (exposé à la galerie Audi Talents en janvier 2017) se base sur Mars 500, un programme expérimental russe de simulation de vie capsulaire entamé en 2010. Il s’agissait de reproduire sur terre, pendant 520 jours, soit la durée du vol aller-retour sur Mars, les conditions de vie d’un équipage dans un espace restreint, pour mesurer les répercussions physiques et psychologiques d’un tel vol (à l’exception de l’apesanteur, qui ne peut être reproduite sur Terre). En attendant Mars prend la forme d’un film d’animation de marionnettes non-réalistes (on se rapproche ici de la technique de l’animation 3D : prendre des formes, les animer).

L’exposition présentait aussi les maquettes et les marionnettes à partir duquel le film a été réalisé, ainsi que certaines images d’archives. Bertrand Dezoteux, qui avec l’aide du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) a pu partir en Russie, rencontrer les protagonistes de l’expérience et avoir accès non seulement aux archives officielles mais aussi aux discours non-autorisés, a choisi d’utiliser, pour son film, des scènes de vie aux antipodes de l’imagerie héroïque de la conquête spatiale telle que celle qui est véhiculée, justement, par des institutions comme la NASA au Kennedy Space Center. Les cosmonautes mangent, jouent à Guitar Hero, se déguisent pour Noël, et la plupart du temps, ils semblent s’ennuyer fermement : les images de Mars500 ressemblent à celles du Loft.

Jill Gasparina

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