Choisie par Jacques Villegié

IV. ACIER BIEN TREMPÉ

La pratique de Delphine Lecamp s’ancre dans un médium (l’acier) et une technique sculpturale extrêmement physique.

L’énergie pure (corps et électricité) que requiert ce travail mérite d’être soulignée à nouveau, dans ce qu’elle implique en temps et en industrie lourde, mais aussi en posture esthétique.

D’une chaussure synonyme de légèreté, l’artiste mime tous les replis de la toile, l’élasticité d’une semelle sillonnée de lignes, l’empreinte du temps sur l’usure des surfaces – mimétisme trompeur, jouant à rebours des préjugés liés au matériau viril qu’elle utilise.

Car la délicatesse du traitement épouse ici la pesanteur extrême, deux visages pour un seul médium que l’artiste s’échine à «décadrer» sans cesse.

Le sculpteur Richard Serra a un jour déclaré : « Le poids est pour moi une valeur, non qu’il soit plus contraignant que la légèreté, mais j’en sais davantage sur le poids que sur la légèreté».

Il semble bien que Delphine Lecamp leste ses sculptures d’une valeur similaire (physique et symbolique) mais plébiscite également l’apparence du léger – au propre (sa minutie du détail) comme au figuré (son choix d’un objet pop et usuel).

Émotionnellement et sensuellement, ce que l’artiste nous raconte du vêtement, du corps et de la sculpture tire pourtant sa dynamique de cette série de contradictions. Si ce n’est qu’entre gravité et légèreté, parcours intime et espace public, irrévérence et mélancolie, Delphine Lecamp ne choisit pas : elle prend tout et voit grand.

Eva PROUTEAU Extrait du texte «Chausser grand» Catalogue Baskettes, 2013