Choisie par Tania Mouraud

De l’artiste franco-portugaise Esmeralda Da Costa on connait essentiellement ses vidéos. Nombreuses d’entre elles articulent des images construites et/ou volées, dans lesquelles son propre corps ou ceux de proches deviennent les protagonistes de scènes narratives qui avoisinent l’art de la performance. En faire le récit reviendrait à écrire une phrase concise, efficace et percutante où fusionnent réalisme et sentiment d’étrangeté.

Immergée dans l’eau d’une piscine, une femme entreprend un duel avec son double (Waterbox, 2014).

Assis face à face, deux personnages identiques s’engagent dans une joute verbale utilisant une langue inconnue de tous (Alter Ego, 2012).

En exploitant les possibilités du médium vidéo de transcender les capacités et dispositions du corps physique (répétition frénétique et déploiement outrancier d’un cri, multiplication vertigineuse d’une même image, etc.) et celles du corps social (exercer une autorité sur sa mère, etc.), l’artiste explore les contenus multiples de son être et de son environnement relationnel immédiat. Elle s’emploie à la manière d’une foreuse dans un tunnel minier à percer la multitude de strates constitutives de la généalogie, à entendre ici comme la géologie de l’être, dont les trois instances de la psyché déterminées par Sigmund Freud, les ça, moi et surmoi composent la structure. De cette manière, elle ouvre la porte à “ (…) des espaces parallèles qui agissent comme les métaphores d’une vie intérieure, de la mémoire ou de l’inconscient.”

Devant les vidéos ou pris dans les installations immersives qui les diffusent, il nous est impossible de dire qui, de l’image ou du son accompagne l’autre. Difficile de se prononcer sur les commencements des récits offerts par l’artiste, de tenir pour responsable l’un d’eux d’avoir engendré l’autre, le précipitant dans un monde aux profondeurs abyssales. On sait seulement que de son ventre resurgissent des bribes de portugais, la langue maternelle des parents de l’artiste, qu’il charrie dans sa houle des commentaires radiophoniques à propos des attentats survenus en novembre 2015 à Paris, où l’artiste est née, vit et travaille. L’inconscient les retenaient.

Tour à tour lieux de culte, mémoire et de création, les voies et territoires sonores dont nous prenons les chemins abolissent les frontières du temps passé et présent.

Texte de Maryline Robalo, auteure de textes et d’expositions, juin 2017