Choisie par Théo Jansen

Le travail de Javiera Tejerina explore inlassablement la notion de mouvement, selon des approches puisant aussi bien dans la méthode scientifique que dans la symbolique : mécanique des fluides et mythologie de l’insularité sont convoquées pour confronter le regard aux effets de la nature.

Posant en équivalence laboratoire et espace d’exposition comme terrains d’observation des phénomènes, elle y modélise des expériences poétiques appuyées sur les éléments, et en particulier sur les fluides, pour les abstraire jusqu’à une grandeur sans dimension. Les corrélations n’y sont plus alors que des vues dans l’esprit.

Dans le langage de l’artiste, l’eau renvoie à la possibilité d’un ailleurs lointain, et devient, au travers d’un sentiment océanique toujours à l’œuvre, la métaphore d’un infini surpuissant. Ses œuvres tentent ainsi de circonscrire la capacité de l’eau à éloigner en la mettant en regard avec son utilisation comme moyen de propagation.

La même hypothèse de continuité ouvre le regard à la fluidité reliant intérieur et extérieur, présent et passé, ville et nature. Ces tentatives d’opérer une synthèse entre des notions que l’apparence représente comme contraires constituent un questionnement sur l’idée même de représentation comme porteuse d’une illusion de réalité.

Les œuvres de Javiera Tejerina invitent alors à creuser en profondeur les images.

 

Jean-Cristophe Arcos

 

To record water during days propose une autre forme de paysage, une image du monde en mouvement à travers le va-et-vient de l’Océan. La pièce prend sa forme grâce aux données transmises en temps réel par des bouées qui mesurent les vagues dans l’océan. To record water during days est une série d’installations cinétiques qui traduisent en temps réel le rythme des océans, en collaboration avec le directeur de recherche au CNRS Patrice Le Gal. L’artiste s’efforce ainsi d’apporter une réponse sensible au problème soulevé par Bruno Latour où la question de l’échelle est centrale : « la difficulté qui apparaît actuellement est celle de pouvoir faire ressentir des changements globaux quand on n’est pas soi même un être global ; de ressentir le “climat” quand les seules façons d’en parler sont des gigantesques modèles conçus par ordinateur.” Elle crée ainsi un espace fictionnel relié à la Nature, à l’espace physique et terrestre au travers de la transmission des données des bouées en mer. Il s’agit de proposer un environnement artificiel où le spectateur puisse percevoir et ressentir ici et maintenant ce qui se passe ailleurs.